·      Chebeya et Bazana : Des activistes commémorent les 7 ans de leur assassinat

En RDC, il y a tout juste 7 ans, le fondateur de l'ONG de défense des droits de l'homme la Voix des sans voix Floribert Chebeya était retrouvé mort dans sa voiture et son chauffeur Fidèle Bazana porté disparu. Aujourd'hui, leurs assassins courent toujours et le suspect numéro un, le général John Numbi, alors inspecteur général de la police, n’a jamais été inquiété. Des activistes leur ont rendu hommage ce jeudi 1er juin.

Cérémonie émouvante au cimetière de Mbeseke-Futi. La foule est réunie autour de la tombe de Floribert Chebeya. Prières et témoignages s’enchaînent. Première à prendre la parole, Adelaïde Chebeya, l’aînée de la famille Chebeya, réclame un vrai procès : « C'est ici l'occasion de dénoncer l'incapacité de l'Etat congolais et d'exiger son implication ». L’autre victime, Fidèle Bazana, n’a pas de sépulture. Son corps n’a jamais été retrouvé. Un membre de la famille réclame la restitution du cadavre. Rostin Manketa, le nouveau directeur exécutif de la Voix des sans voix se dit confiant qu’un jour le jugement sera rendu. « Nous gardons l'espoir que même si l'Etat congolais refuse de rendre justice à Floribert Chebeya, tôt ou tard, cette justice sera rendue au niveau régional ou international », espère-t-il. Pour Christopher Ngoyi Mutamba, activiste des droits de l’homme arrêté plusieurs fois avec Floribert Chebeya, le peuple congolais est déterminé à se libérer : « Le sacrifice que tu as consenti continue à animer plus d'un Congolais, tous portés vers la libération totale de notre pays. »  http://www.rfi.fr/afrique/20170601-rdc-commemorations-sept-ans-mort-chebeya-bazana-activistes


La tombe au cimetière de Benseke-Futi de Floribert Chebeya Bahizire dit (Flory), ancien directeur exécutif de l’ONG de défense des droits de l’homme dénommée la " Voix des sans Voix " (VSV) a pour la septième fois, depuis le 1er juin 2010, reçu du monde. Il s’agit de la douloureuse commémoration du double assassinat de Chebeya et le chauffeur-dispatching, l’activiste des droits de l’homme Fidèle Bazana Edadi dont le corps n’a jamais été retrouvé jusqu’à ce jour.  Routine ? Loin s’en faut. Car les nombreuses personnes qui se sont déplacées dont les acteurs de la Société civile, le représentant du Bureau conjoint de l’Onu pour les droits de l’homme, des membres du corps diplomatique, le Vice-Président de la CNDH, d’autres personnalités, les membres des familles Chebeya et Bazana Edadi et ceux de la VSV accordent une touche particulière à cette commémoration.  Elle est symbolique pour perpétuer la mémoire de Floribert Chebeya et son compagnon d’infortune Fidèle Bazana Edadi sauvagement assassinés pour une cause juste et noble, la défense de droits de l’homme. C’est ce qui transparait dans tous les discours entendus. Première à prendre la parole, Mme Adelaïde Chebeya, grande sœur de Floribert Chebeya pour le compte de la famille de l’ancien porte-étendard de VSV.  Comme d’habitude, elle a eu du mal a refouler les larmes pour ce triste événement. Elle a fait le rappel historique de ce double assassinat en montrant comment les deux activistes des droits de l’homme sont allés au rendez-vous de la mort, dans un Bureau de l’Etat à savoir l’Inspection générale de la Police (PNC). 
Mme Adelaide Chebeya demande c’est que toutes les personnes impliquées dans ce double-assassinat soient rattrapées et jugées. En l’absence de cette justice des hommes, la soeur du très regretté Chebeya se fie à Dieu le maitre des temps et des circonstances.  Vient le tour de la famille de Fidèle Bazana Edadi. Elle lance un cri de détresse aux autorités de la RDC pour que justice soit rendue dans cette affaire du double-assassinat. Elle demande à ce que les auteurs de ce crime abominable soient condamnés par le biais d’un procès transparent. La famille Fidèle Bazana Edadi exige à l’Etat qu’on lui montre le lieu où on a enterré leur frère. Elle réclame aussi de dédommagement de l’Etat pour les deux familles des victimes de ce double-assassinat. Le mot de la VSV est prononcé par l’actuel directeur exécutif Rostin Manketa. Il a brossé le contexte particulier dans lequel le septième anniversaire est commémoré.  C’est celui où la RDC peine encore à se hisser au rang de pays respectueux des droits de l’homme ainsi que des valeurs démocratiques. C’est justement pour ces valeurs que Floribert Chebeya s’est battu pendant plus de deux décennies jusqu’à son assassinat le 1er juin 2010. Lui et Bazana Edadi ont été torturés et assassinés injustement pour leur combat en faveur de la démocratie et du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
  http://www.forumdesas.org/spip.php?article11863

 

·      Justice : Nombreuses zones d'ombre sept ans après la mort de Chebeya et Bazana

Il y a 7 ans en RDC, Floribert Chebeya, fondateur de l'ONG de défense des droits de l'homme la Voix des sans voix, était retrouvé mort dans sa voiture et son chauffeur Fidèle Bazana porté disparu. Floribert Chebeya s'était rendu la veille à une convocation de l'inspecteur général de la police nationale, le général John Numbi. Depuis, l'affaire a été jugée en première instance et en appel par la justice congolaise. Mais 7 ans après les zones d'ombre sont toujours nombreuses. Les proches des victimes dénoncent une parodie de justice et se tournent désormais vers le Sénégal, où une procédure contre l'un des suspects est en cours.

L'affaire Chebeya-Bazana a déjà fait l'objet de deux procès devant la justice congolaise. En 2011, la Cour militaire de Kinshasa poursuit huit policiers dont trois sont en fuite. Quatre sont condamnés à mort, un autre à la perpétuité. En 2015, l'affaire est jugée en appel par la Haute cour militaire de Kinshasa. Au procès, quatre des policiers sont acquittés à leur tour, faute de preuves. Le cinquième, le colonel Daniel Mukalay, voit sa peine réduite à 15 ans de prison. Quant aux poursuites contre les trois fugitifs, elles sont suspendues. Pour les parties civiles, c'est la douche froide. Elles dénoncent « une parodie de justice ». Dès lors, pour elles, il n'y a plus rien à attendre de la justice congolaise.

L'espoir au Sénégal

L'espoir se trouve désormais du côté du Sénégal. Depuis 2014, une procédure est en cours, après une plainte des familles des deux victimes contre l'un des policiers congolais protagoniste présumé de ce double assassinat : Paul Mwilambwe. Il se dit témoin de l’implication de certains hauts gradés de la police congolaise dans ce double assassinat, à commencer par le général John Numbi, chef de la police à l'époque des faits. « J’ai accepté aujourd’hui que ma voix soit entendue parce que le dossier est en train de traîner. Je suis à la disposition de la justice sénégalaise. Je demande à la justice sénégalaise de faire son travail. Pourquoi ? Parce que ma vie est en danger, y compris celle de ma famille, c’est-à-dire y compris la vie de mes enfants et de ma femme est en danger. Du fait que les commanditaires de l’assassinat de Chebeya sont au sommet de l’Etat, la part de la vérité c’est déjà connu, la part de la vérité est que Chebeya a été assassiné à l’Inspection générale de la police. La diplomatie est en train de jouer parce que je vois que mon dossier devient politique, c’est pourquoi peut-être la justice sénégalaise est en train de traîner. Mais je ne juge pas la justice sénégalaise, mais je me laisse à la disposition de la justice sénégalaise. Je lance un cri de cœur : que ma voix soit entendue », a déclaré Paul Mwilambwe. Maître Domingo Dieng défend Paul Mwilambwe. L'avocat rappelle que l'Etat du Sénégal a signé des conventions et doit donc respecter le droit : « La justice reste la justice. Et les conventions internationales que l’on signe aussi doivent déboucher sur quelque chose. On ne peut pas s’asseoir sur la vérité indéfiniment. C’est ça notre combat », estime-t-il.

Un procès digne

Au Sénégal, les familles de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana, qui espèrent un procès digne de ce nom, sont défendues par maître Assane Dioma Ndiaye. Comme son confrère, il estime que la justice doit passer : « Nous savons qu’il y a eu des pressions énormes de la part du gouvernement de Kinshasa. Ce que nous craignons évidemment, c’est que la réelle politique ne prenne le pas. C’est l’exigence de justice », a-t-il déclaré. Sollicités sur la durée de cette procédure qui s’éternise, les différents organes de la justice n'ont pour le moment donné aucune explication. Pour les familles, c'est la seule lueur d'espoir. Elles qui depuis le début désignent le général Numbi comme commanditaire de cet assassinat, mais n'ont jamais vu leur demande d'être entendu par la justice honorée. «  Les commanditaires de cet ignoble assassinat sont tout à fait libres de leurs mouvements et n’ont jamais répondu de leurs actes ». Rostin Manketa, directeur de la Voix des sans voix

http://www.rfi.fr/afrique/20170602-rdc-nombreuses-zones-ombre-sept-ans-apres-mort-chebeya-bazana